L’étranger
La mélodie de la guitare
porte ma voix étranglée.
Plus haut que les étendards
arborés sur les bombardiers.
Je dis à qui veut l’entendre
que je suis un étranger.
La violence n’est pas ma langue,
si bien mondialisée.
Alors j’écoute pour comprendre,
la bévue des accrocheurs…
Sans jamais vouloir l’apprendre,
même des lèvres d’une sœur.
Je reviens d’une contrée
que j’ai appelé espoir.
Où rien n’est encore fait.
Juste les plans d’un regard.
Demain est une terre promise,
où l’aube se dresse plus fier.
Sur l’humanité conquise,
par la parole étrangère.
Ici la paix intimide
ses douze apôtres proclamés.
Plus présent dans les litiges
qu’aux chevets des mutilés.
Les ados deviennent des hommes.
Car l’armée leur colle des couilles,
pour des barils de pétrole.
Puis les familles pleurent les dépouilles.
Entends tu parmi nous
ces quelques mots incessants
d‘un soldat devenu fou :
«Bain de foule, bain de sang.»
Belles accolades à Berlin
sur les débris de l’infamie.
Israéliens, palestiniens.
Le rempart de la honte se reconstruit.
Demain est une terre promise
où l’aube se dresse plus fier.
Sur l’humanité conquise
par la parole étrangère.
J’évolue dans le ventre bleu
d’une mère patrie insensible
au sort des malheureux
qui viennent demander l’asile.
Moi je ne m’étonne pas
qu’en n’ayant ni toit, ni droit
le valeureux qui subit ça
n’ai plus ni foi, ni loi.
A l’école on m’a parlé
de fraternité, de liberté…Mais
pour le Soudan, rien que du riz.
Est ce cela l’égalité?
Ce trinôme doux comme le miel
a caressé mon palais.
Puis ma panse a fait des siennes
entre douleurs et nausées.
Demain est une terre promise
où l’aube se dresse plus fier.
Sur l’humanité conquise
par la parole étrangère.
L’euro, ce n’est pas ce qui manque.
Mais il y a la française des jeux
qui trouve plus divertissant
de faire espérer les gueux.
Travaille d’abord des méninges
pour remplir ton compte en banque.
Car ici la monnaie de singe
est aussi monnaie courante.
L’argent est un veau d’or.
Il y a ceux qui l’adorent.
Les autres qui l’implorent.
Et l’étranger qui l’abhorre.
Les grands hommes n’ont de valeur
que dans leur titre de seigneur.
A tout seigneur, quel honneur ?
ils engendrent nos malheurs !
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